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Introduction: l'environnement de La Bressola
La Bressola est née en 1976 à Perpinyà (Roussillon) et a créé la première école catalane des temps modernes en Catalogne Nord.
Il est important de rappeler qu'au moment où Louis XIV annexa le Roussillon, le Conflent, la Cerdagne et le Vallespir, il interdit le catalan dans son édit du 2 avril 1700: " l'usage du catalan répugne et est contraire à l'honneur de la nation française ".
Cette déclaration inspira la politique de l'Etat français envers notre langue jusqu'à nos jours c'est à dire durant plus de trois siècles, que ce soit pendant les différentes monarchies que pendant les différentes républiques ou empires.
La répression linguistique fut longue, patiente, systématique et ininterrompue: A l'école, ceux qui parlaient catalan étaient presque toujours punis.
Pourquoi La Bressola:
Enseigner le catalan et surtout en catalan peut avoir un sens limité si l'on considère en pratique cette langue comme " étrangère ".
Le catalan n'est pas une des grandes langues internationales et si les élèves doivent apprendre des langues pour leur utilité professionnelle ou économique, il semble plus intéressant qu'ils apprennent l'anglais, l'espagnol ou le russe.
La justification profonde de l'enseignement en catalan est que le catalan, même s'il est peu utilisé de nos jours, est la langue de l'identité de la Catalogne Nord.
C'est la langue des symboles et en définitive la langue propre même si elle n'est pas reconnue.
Nous devons nous féliciter de l'augmentation de l'enseignement du catalan dans les écoles françaises de Catalogne Nord et surtout du bilinguisme qu'elles proposent mais ces progrès, il faut les situer dans la perspective d'un objectif de récupération du catalan en tant que langue à usage quotidien, normal dans les relations entre les personnes.
Cet objectif semble difficile à obtenir même en Catalogne sud où la langue est restée plus vivante et a reçu le soutien de la Generalitat.
En effet, la dynamique sociale des langues françaises et espagnoles avec leur officialité et l'arrivée massive en Catalogne de francophones et hispanophones à qui on n'a pas permis pendant des siècles d'apprendre la langue catalane, peut amener la disparition du catalan qui est presque achevée dans la partie française de la Catalogne.
En prenant en considération tous ces aspects, il fallait trouver un système d'immersion linguistique en Catalogne Nord qui puisse permettre non seulement d'appliquer le droit à l'enseignement EN catalan, mais que le catalan soit en plus une langue de communication entre les élèves.
D'autre part il fallait éviter deux erreurs:
-La répression telle qu'elle avait été pratiquée par les systèmes scolaires français et espagnols : "soyez propre, parlez français" ou " habla en cristiano" -un " laisser aller " qui aurait fait obstacle à l'aboutissement des objectifs mentionnés.
Il fallait donc trouver une réponse à la fois pédagogique et sociolinguistique au problème soulevé.
Il fallait associer dans l'apprentissage, l'usage et l'effet multiplicateur.
a) L'acquisition et l'usage
La situation est la suivante: aucun élève ne parle catalan à son entrée à l'école. N'oublions pas que le but est non seulement l'apprentissage de la langue catalane mais en plus, que celle-ci soit la langue d'usage.
N'oublions pas non plus que les habitudes d'apprentissage du petit enfant ainsi que les habitudes sociales s'acquièrent au moment de la première socialisation c'est à dire à l'école maternelle.
Première mesure , donc: Lorsque se crée une école, elle ne se crée pas avec tous les niveaux mais commence avec une classe maternelle d'enfants entre deux et quatre ans.
Nous sommes tous conscients que la langue de la socialisation doit être le catalan. En conséquence, il faut que les enfants l'apprennent et l'utilisent de manière simultanée.
En fait, comme ceci a été démontré à de nombreuses reprises, une langue s'apprend bien lorsqu'elle est utilisée et lorsque son utilisation est nécessaire pour se faire comprendre.
Mais pour aboutir à la simultanéité de l'usage et de l'apprentissage, il est impératif de limiter l'effectif au moment de la création de l'école
Deuxième mesure: Une maternelle se créera donc avec dix élèves maximum.
Il convient de rajouter deux choses essentielles : Appliquer les programmes officiels de l'enseignement en maternelle et maintenir en permanence la motivation de s'exprimer en catalan.
Au niveau des concepts et des objectifs, les programmes de maternelle adhèrent assez bien aux objectifs linguistiques. Ainsi, la théâtralisation, le chant, les contes, les arts plastiques et la motricité y répondent à condition de fournir à chaque fois le vocabulaire adéquat afin que les enfants l'utilisent sans passer par la médiation du français ( ou de l'espagnol ).
De ce fait, la part d'activité dirigée n'est pas la plus difficile, la majorité des instituteurs qui pratiquent l'immersion en Catalogne du sud obtiennent l'usage de la langue en classe.
Une nouvelle dimension: l'usage collectif dans la cour.
Troisième mesure: nous jouons avec les enfants.
Ceci implique que nous allions avec eux dans le bac à sable, que nous donnions pelles et seaux et que nous répétions à tout va, " tu veux la pelle, laisse-moi le seau, nous avons fait un château etc.... ".Nous devons être suffisamment attentifs pour anticiper les nécessités verbales de l'enfant :
Si l'enfant a construit un château ou tracé un chemin, nous devons verbaliser immédiatement : " j'ai fait un château ou un chemin " de façon à ne pas médiatiser le verbe et l'action et faciliter systématiquement la mémorisation et l'expression du mot catalan non comme un devoir mais comme un moyen de valoriser ce qu'il vient de faire (château ou chemin ).
Les conflits entre les élèves et la nécessaire acquisition des habitudes de la vie communautaire sont aussi un bon moyen pour réussir à s'exprimer en catalan : nous demandons à ce que les normes soient rappelées par l'enfant qui a subi l'agression : " dis-lui, on ne frappe pas, on ne bouscule pas ou on ne lance pas de sable ". A force de répéter, l'enfant finit par le dire NON PARCEQU'IL FAUT QU'IL PARLE CATALAN, mais simplement pour que son copain ne le tape plus ou ne lui mette plus de sable dans les cheveux.
Tous ces petits exemples sont évidemment à étendre à la sphère de la vie scolaire quotidienne de l'élève.
Ceci implique de la part du maître une attention continue qui, selon l'évolution de la situation linguistique, pourra s'atténuer à mesure que l'usage de la langue s'enracine et que sa présence devient chaque fois moins nécessaire. Toutefois, il faut rappeler que l'environnement de l'école est presque toujours français (ou espagnol ) et il est probable que l'enfant ait besoin d'utiliser des gallicismes. Il faut toujours être à même d'introduire vocabulaire catalan correspondant.
De manière à introduire un effet multiplicateur les maîtres doivent distribuer des responsabilités pour faire en sorte que les élèves ayant assimilé le système de l'école puissent le transmettre à leurs camarades.
Ainsi, certains d'entre eux seront chargés d'introduire le mot catalan quand l'un des camarades l'avait oublié. Nous verrons plus loin que cette distribution de responsabilités est déterminante pour l'évolution de l'école.
Nous n'insistons pas trop dans ce texte sur l'application des programmes mais nous soulignons en permanence que celle-ci doit être adaptée au système d'immersion.
Souvent, il peut arriver que l'application des programmes fasse oublier l'immersion. Il est donc indispensable que les deux aspects soient combinés.
A la Bressola de Prades, en appliquant ce système, ont été obtenus les résultats suivants :
A l'ouverture des premiers cours au mois de septembre 1989, aucun des neuf élèves ne parlait catalan. Au mois de février 1990, on put constater que pour la première fois les enfants jouaient tranquillement en catalan. L'habitude était acquise encore que non-consolidée.
b) La multiplication
Au cours de la première étape de l'école, l'apprentissage et l'usage de la langue dans la cour de récréation ont été réussis mais le défi suivant se présente au moment de commencer un nouveau cours avec de nouveaux élèves.
La première difficulté réside dans le fait que entre chaque année scolaire, il y a les vacances d'été et que normalement, les élèves avec lesquels nous avions obtenu des résultats linguistiques importants ont perdu le niveau de langue du mois de juin faute d'avoir utilisé le catalan durant les mois de juillet et août. Soixante jours à cet âge-là représentent une longue période !
Première mesure : commencer le cours en deux étapes.
Nous ferons en sorte que rentrent d'abord les enfants présents lors de la précédente année scolaire afin qu'ils récupèrent durant deux jours le niveau d'usage de la langue qui était le leur. En plus, nous les responsabiliserons à deux niveaux :
- Accueillir gentiment les nouveaux élèves.
- Les charger de l'intégration linguistique des nouveaux.
Deuxième mesure: inscrire des enfants plus petits.
De façon à faciliter la tâche déléguée à ceux de l'année de fondation, nous accueillerons des enfants d'un plus jeune âge. Ainsi, les plus grands disposeront d'une autorité naturelle. Les plus petits auront tendance à IMITER les anciens et seront plus motivés pour apprendre la langue.
Nous limiterons le nombre d'inscriptions pour éviter aux plus grands d'être submergés par leurs responsabilités.
Le panorama a changé par rapport au tout premier cours : Le maître doit encore rester très vigilant surtout pour ce qui est de rappeler les responsabilités des grands.
Dans la pratique, nous avons pu vérifier que la deuxième année est beaucoup plus facile que la première puisque nous disposons d'une base linguistique qui n'existait pas au moment de la fondation.
c) La croissance
Cours après cours, il faut adapter l'organisation de l'école.
En effet, rappelons que les cours croissent avec les niveaux et si la première année a commencé avec seulement la maternelle, à partir de la troisième, s'ouvre normalement une classe de primaire.
Il faut chaque fois adapter les nécessités de la programmation à celles de l'immersion et aussi, peut-être surtout, aux intérêts des élèves qui varient au fil de leur croissance.
Le système de responsabilisation des filles et des garçons doit évoluer en fonction des paramètres de la personnalité des élèves.
Nous devons garder bien présent à l'esprit que nous ne pouvons pas inscrire plus de nouveaux élèves que ceux que peut assimiler le groupe.
On ne peut pas dire qu'il existe une recette permanente. La situation change chaque année parfois simplement avec l'inscription d'un nouvel élève ou le départ d'un des anciens.
Le maître, ou l'équipe pédagogique, doit savoir s'adapter aux nouvelles situations.
d) Les nouveaux maîtres.
Un tel travail d'immersion ne peut être réalisé sans une équipe cohérente et motivée en communion avec les objectifs.
Il est évident qu'une personne qui se limiterait à faire la classe en catalan pourrait difficilement s'intégrer dans une équipe de ce type.
La politique de recrutement des maîtres devient donc un thème capital :
Il faut évidemment que l'institution soit dotée des moyens juridiques propres à garantir cette embauche :
Grâce aux réformes de 1992 et aux possibilités que contient la loi de 1959 sur ce thème, il semble que La Bressola dispose actuellement de ces moyens juridiques.
Les maîtres n'arrivent pas à La Bressola nommés par une administration extérieure. Ils sont nommés par le Conseil d'Administration qui examine les propositions du Directeur-Général.
Si celui-ci a fait correctement son travail, il a étudié de nombreux C.V. et a accordé des entrevues aux meilleures candidatures.
Des stages sont effectués afin de vérifier si les possibilités que semblent présenter les candidats correspondent à la réalité des pratiques quotidiennes de l'école.
Il ne faut jamais perdre de vue que si la valorisation de l'usage de la langue n'est pas unanime au sein de l'équipe pédagogique, elle pourra difficilement être transmise à l'ensemble des élèves.
e) La Formation
Un autre des grands défis que La Bressola doit affronter est la formation des maîtres. Des maîtres qui soient capables, comme nous l'avons dit, de se charger d'un projet linguistique de ce type.
Pour cela, La Bressola étant trop petite pour faire front à cette nécessité, nous avons collaboré avec les écoles occitanes, bretonnes et basques afin de créer un centre de formation adéquat à nos projets.
La partie de formation commune nécessaire pour présenter les examens et concours officiels de maîtres se déroule à Béziers (occitanie). En plus de la programmation officielle, il existe une formation psycholinguistique placée sous la responsabilité du Professeur Jean PETIT des Universités de Reims et Constance (Allemagne).
Le Professeur PETIT, en plus d'avoir étudié mondialement les expériences d'immersion linguistique, est un grand connaisseur du système que nous appliquons à Prades.
Grâce aux accords de 1995 passés avec l'Etat, celui-ci prend en charge les dépenses de fonctionnement du Centre.
Conclusion
La situation de la langue en Catalogne Nord est dramatique, en Catalogne du sud est évidemment bien meilleure mais les débats sur le catalan démontrent que la question du maintien de la langue par voie législative se résoudra difficilement.
La Bressola a voulu démontrer qu'il était possible de créer des écoles dans lesquelles peuvent s'épanouir les conditions naturelles de son usage.
Evidemment, cette expérience n'aurait que peu de sens si elle se limitait aux centres gérés par notre organisme
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